Les services notariaux pour planifier l’avenir des
familles ayant des besoins spécifiques
DING Wen
Secrétaire général de l’Association
du Notariat de Shanghai
Directeur et Notaire à l’Étude
notariale Lingang à Shanghai
Président et Directeur (Chine)
du Centre
Le Code civil chinois prête attention aux besoins des
familles des personnes en situation de handicap mental, en particulier au défi
de prise en charge « des personnes âgées s’occupant des handicapés » lors de l’éducation
des enfants en situation de handicap mental. Il protège leurs droits et
intérêts par la désignation d’un tuteur par testament, le système d’administrateur
de la succession, la fiducie testamentaire, et d’autres mécanismes similaires. La
mise en œuvre du Code civil dépasse désormais cinq ans. Pourtant, selon les
résultats d’une enquête sociale menée conjointement par notre étude notariale
et l’Ecole d’éducation spécialisée du district de Pudong à Shanghai, 85,5 % des
familles concernées réfléchissent fréquemment à l’avenir de leur enfant
handicapé sans avoir établi de plan concret ; 92,5 % des familles n’ont jamais
eu recours aux services notariaux familiaux ; 71,5 % des familles manquent de
connaissances juridiques sur la tutelle, la fiducie et autres sujets qui les
concernent pourtant étroitement ; et 24,2 % des familles ayant un enfant
handicapé ne disposent pas de candidat tuteur approprié pour répondre aux
futurs besoins de garde de leur enfant. Le questionnaire contenait de nombreux
commentaires de parents, qui expriment l’espoir d’une société plus attentive
aux personnes en situation de handicap mental, et souhaitent particulièrement
que les services sociaux de proximité puissent mettre en œuvre un travail de
prise en charge adapté pour cette population.
Le notariat, en tant que
composante du système de services juridiques publics, a la responsabilité et la
mission de construire une protection juridique pour ces familles des personnes en
situation de handicap mental grâce à ses services. Cet article se concentre sur
l’intervention notariale dans les besoins de tutelle des familles ayant des
membres avec une déficience intellectuelle, en concevant des solutions
réalistes et efficaces basées sur des cas pratiques, afin d’aider à résoudre
les problèmes futurs liés à la « personne », aux « finances » et au « logement
» des familles concernées.
Cet article prend un cas
concret comme modèle de discussion. « Madame A » a un enfant atteint
du syndrome de Down, ses parents et son conjoint sont
tous décédés. Elle possède un bien immobilier et des dépôts bancaires s’élevant
à plusieurs centaines de milliers de yuans. Elle craint que si sa santé se
détériore, ou si elle décède, son enfant ne puisse pas être pris en charge de
manière adéquate. L’analyse de la situation de « Madame A » révèle trois
problèmes principaux : premièrement, l’incapacité de fournir des soins
appropriés à son enfant en cas de perte de ses capacités de tutelle ou après
son décès ; deuxièmement, la question de la transmission de son patrimoine
après son décès ; et troisièmement, le manque potentiel de soutien pour ses
propres vieux jours.
I. Services notariaux pour la tutelle des familles aux besoins
spécifiques
1. Désignation d’un tuteur par testament
Le Code civil stipule un ordre
précis pour la tutelle légale des mineurs et des majeurs incapables ou dont la
capacité juridique est limitée. Cependant, dans la réalité, pour les familles
ayant un enfant en situation de handicap mental comme celle de « Madame A »,
le tuteur légal peut se trouver dans l’impossibilité de poursuivre cette
mission pour diverses raisons liées à la vie (santé, vieillesse, décès, entre
autres). Dans ce cas, les parents de la personne en situation de handicap
mental, en tant que ses tuteurs, peuvent désigner un tuteur par testament. Cette
disposition, que l’on peut considérer comme l’une des innovations majeures de
la révision du Code civil, confère ainsi au tuteur le droit de choisir
librement son successeur. Il est essentiel de noter que l’application de cet
article exige que la désignation du tuteur soit effectuée uniquement par
testament et que le parent qui la réalise soit, au moment de cette désignation,
le tuteur légal de l’enfant. Si le tuteur initialement désigné devient incapable
d’exercer ses fonctions pour une raison particulière, le parent peut établir un
nouveau testament pour le remplacer, ou prévoir des conditions permettant de
désigner plusieurs tuteurs successifs, afin de parer à toute éventualité.
L’affaire Xu de 2023 sur la désignation
d’un tuteur constitue le premier cas à Shanghai où un tuteur a été désigné par
testament. Dans cette affaire, le tribunal a validé la désignation
testamentaire du tuteur par des parents pour leur enfant mineur, tout en
chargeant le comité de quartier concerné d’assurer le guidage et la
supervision. L’étude notariale Changning à Shanghai s’est vue confier l’administration
des biens du mineur sous tutelle et de sa mère, dont la capacité juridique
était limitée, pendant toute la durée de la minorité de l’enfant. En tant qu’institution
tierce et dépositaire légal autorisé, l’étude notariale a fourni gratuitement
des services de consignation aux parties intéressées, pleinement mobilisant ses
fonctions de service, de médiation, d’authentification et de supervision,
répondant ainsi efficacement aux besoins urgents des parties
intéressées.
Face à une situation similaire
à cette affaire, « Madame A » rencontre des difficultés comparables,
partageant le besoin fondamental d’assurer l’avenir de son enfant après son
décès. Nous pouvons lui proposer la solution intégrée suivante : Premièrement, elle
peut désigner clairement dans son testament la personne de confiance (un de ses
frères et sœurs, ou un ami, par exemple) comme tuteur de l’enfant, tout en
précisant le périmètre exact des responsabilités. L’authentification du
testament en renforcera la force probante et l’opposabilité juridique. Deuxièmement,
s’inspirant du raisonnement du tribunal du district de Changning, le comité de
quartier ou un organisme spécialisé pourrait émettre un avis de soutien et
fournir un accompagnement, consolidant ainsi la légitimité de la tutelle. Enfin,
l’étude notariale assumera le rôle de supervision de l’utilisation des biens,
garantissant pleinement la protection des droits et intérêts de l’enfant et de
son tuteur. Cette approche respecte l’autonomie de la volonté de la partie tout
en protégeant les groupes vulnérables. Elle forme un modèle de double garantie
« désignation testamentaire + supervision institutionnelle », ce qui répond
efficacement aux préoccupations les plus vives de « Madame A ».
La
désignation par les parents, dans leur testament, d’une personne de confiance
comme tuteur de leur enfant mineur, relève de l’autonomie de la volonté
consacrée par la loi. Elle permet généralement de protéger au mieux les
intérêts de l’enfant, et c’est précisément pour cette raison qu’en cas de
conflit, la tutelle testamentaire prime sur la tutelle légale. Prenons le cas
de Xuanxuan, âgée de six ans, dont la mère a été reconnue juridiquement
incapable par expertise judiciaire. Son père, M. Jiang, a établi un testament
avant son décès, confiant à sa sœur, Mme Jiang, la mission de devenir la
tutrice de Xuanxuan après sa mort. Le grand-père maternel de Xuanxuan, M. Xiong,
a saisi le tribunal pour demander à être désigné comme tuteur en invoquant son
rang dans l’ordre légal. Le tribunal a initialement nommé M. Xiong comme tuteur
conformément aux dispositions sur la tutelle légale. S’appuyant sur le
testament du père et sur la défense de l’intérêt supérieur de l’enfant, Mme Jiang
a alors introduit une action en justice. Enfin, le tribunal a révoqué la
tutelle de M. Xiong et a désigné Mme Jiang comme tutrice de Xuanxuan. La
logique juridique de cette décision fournit des indications claires à « Madame
A ». Tout d’abord, la désignation d’un tuteur par testament par des
parents relève de l’autonomie de la volonté prescrite par la loi, et son effet
est, en principe, supérieur à l’ordre de la tutelle légale. Dans la pratique, en
cas de conflit entre un tuteur légal et un tuteur testamentaire, les
juridictions procèdent à un examen substantiel des capacités du tuteur désigné telles
que la situation économique et le lien affectif avec la personne à protéger. Le
critère du « meilleur intérêt de la personne à protéger » sert de principe
directeur pour toute décision, qui tient compte de la stabilité de vie de la
personne protégée et des besoins spécifiques des personnes en situation de
handicap mental (soins médicaux, rééducation, etc.). En conséquence, « Madame
A » peut, par un testament notarié, désigner clairement un membre de sa
famille apte et volontaire pour assumer la tutelle, et y joindre une
instruction écrite détaillant les besoins particuliers de son enfant. Si un
conflit de tutelle survient, le tribunal respectera prioritairement ses
volontés testamentaires et statuera définitivement après avoir vérifié la capacité
réelle du tuteur désigné à exercer sa mission.
2. Authentification du mandat de protection future
Le mandat de protection future
est un mécanisme juridique permettant à un adulte pleinement capable,
conformément à sa volonté personnelle, de choisir de manière autonome une
personne ou un organisme de confiance qu’il juge approprié. Par le biais d’un
acte écrit, il désigne à l’avance cette entité pour qu’elle devienne son mandataire
au cas où il perdrait sa capacité juridique ou cognitive. Ce mandataire sera
alors chargé de protéger et de gérer ses droits personnels, patrimoniaux et
autres droits légitimes, puis le représentera dans ses actes civils. En 2024,
la Cour populaire suprême a publié des affaires typiques concernant la
protection des droits des personnes âgées, parmi lesquelles l’affaire « Lu ».
La désignation de mandataire illustre parfaitement comment le mandat de
protection future permet aux personnes âgées d’organiser leur vieillissement
conformément à leurs volontés, démontrant ainsi toute sa pertinence. Yang, sans
enfant, a conclu un acte notarié de mandat de protection future avec Lu, le
neveu de son épouse défunte, après le décès de celle-ci. Ils ont convenu que Lu
deviendrait son mandataire en cas de perte de la capacité juridique de Yang.
Lorsque Yang est tombé malade, Lu a saisi le tribunal pour faire constater l’incapacité
de Yang et être désigné comme son mandataire. Le tribunal, après examen, a
reconnu que Yang était incapable et a validé le mandat de protection future,
approuvant la désignation de Lu. L’Étude notariale Putuo à Shanghai a également
authentifié un « acte de mandat et de convention de protection future dans des
circonstances spécifiques » pour un couple octogénaire dont le fils unique
travaille à l’étranger, ainsi que pour leur ami, collègue et voisin de longue
date. Cette démarche garantit aux deux personnes âgées qu’elles auront un mandataire
en cas de future perte d’autonomie, et que celui-ci pourrait gérer leurs
affaires si, tout en restant lucides, elles devenaient incapables d’agir seules.
Le fils des personnes âgées est également devenu le surveillant de ce mandat,
responsable de superviser l’exécution des fonctions du mandataire selon le
principe de l’intérêt supérieur de la personne protégée. En outre, le couple a
signé une directive anticipée dans laquelle ils ont clairement exprimé, en
pleine conscience, leurs souhaits concernant leurs futurs soins médicaux, leur
lieu de résidence et d’autres dispositions.
En plus de l’exigence de forme
écrite, la convention de mandat de protection future n’est soumise à aucune
autre formalité procédurale. Cependant, comme le souligne le commentaire dans
le Code civil annoté - Édition compacte dirigé
par le professeur Yang Daixiong : « Pour que les tiers accordent une confiance
légitime, fondée sur l’autorité publique, à la volonté réelle des parties ayant
conclu un mandat de protection future, il est nécessaire que la puissance
publique continue de lui apporter son "sceau". » L’authentification
du mandat de protection future constitue ainsi une garantie puissante pour le
bon fonctionnement du système. Sur la demande des parties, l’étude notariale
établit l’acte notarié de mandat de protection future conformément à la loi, ce
qui protège efficacement leurs droits et intérêts légitimes. En conclusion,
pour organiser sa propre vieillesse, « Madame A » peut, tant qu’elle
est pleinement lucide, choisir un proche ou un ami digne de confiance et
conclure avec lui un mandat de protection future, en précisant le champ de la
protection et les mécanismes de contrôle. Elle peut également désigner d’autres
proches comme surveillants dans la convention, et renforcer la force juridique
de l’acte par l’authentification. Si « Madame A » venait à perdre sa
capacité juridique à l’avenir, le mandataire désigné pourra saisir le tribunal
pour faire valider sa qualité, assurant ainsi qu’elle puisse vivre ses vieux
jours en toute sérénité.
3. Désignation d’organismes
sociaux comme tuteurs
Dans la pratique, les familles des
personnes en situation de handicap mental se heurtent souvent à l’absence de
proches susceptibles d’assurer la tutelle, ou à leur refus ou incapacité à
endosser cette responsabilité. En 2024, dans le cadre d’une procédure de
reconnaissance d’incapacité juridique d’un citoyen, le tribunal du district de
Minhang à Shanghai a rendu une décision novatrice en désignant l’organisme
social « Jinshan Tutelle » comme tuteur d’une personne âgée souffrant de
troubles psychiques. Mme Lu, âgée de près de 70 ans, a perdu ses parents et son
mari. Son fils, atteint de schizophrénie, est hospitalisé de façon permanente.
Elle avait perdu tout contact avec ses frères et sœurs qui, bien que localisés
par les autorités, ont refusé d’assurer sa tutelle. Mme Lu étant inscrite à la
« résidence publique communautaire » du district de Minhang, sans comité de
quartier compétent, le juge a activement sollicité l’assistance des services civils
pour trouver une solution. Sur recommandation conjointe du quartier de sa
résidence et des services civils du district, et après de multiples contacts,
entretiens et observations, le tribunal de Minhang a estimé que « Jinshan
Tutelle », depuis sa création, avait accumulé une riche expérience à travers de
nombreux cas pratiques. Les vérifications ont confirmé la grande reconnaissance
de ses services par les autorités civiles, les offices notariaux, les personnes
intéressées et les surveillants. Se fondant sur les « Motifs de procédure non
contentieuse » du Règlement sur les
causes civiles, le tribunal a donc utilisé une procédure spéciale pour
nommer « Jinshan Tutelle » comme tuteur de Mme Lu. Ce cas constitue la première
désignation par une juridiction shanghaienne d’un organisme social comme tuteur.
Préalablement, « Jinshan Tutelle », premier organisme social national
spécialisé dans les services de tutelle, avait déjà accumulé, sous le contrôle
et la direction des autorités civiles, une solide expérience dans l’établissement
de relations de tutelle avec les personnes intéressées via des actes notariés
de mandat de protection future. Cette « première » marque la maturation
croissante des organismes spécialisés dans la tutelle. Dans le cas de « Madame
A », si elle ne parvient pas à identifier un tuteur approprié dans son
cercle familial ou amical, elle peut désormais envisager de confier cette
mission à un organisme social de tutelle, ou saisir le tribunal pour demander
la désignation d’une telle entité comme tutrice, représentant ainsi un nouveau
choix possible.
4. Le risque moral du tuteur
Le Parquet populaire suprême a
publié la trente-et-unième série d’affaires directives, incluant l’affaire « Li
Moubin c. Li Moufeng » en responsabilité patrimoniale et soutien à l’action.
Li Moubin, atteint d’un handicap intellectuel de niveau 3, a vu son frère cadet
et tuteur, Li Moufeng, vendre son logement et utiliser le produit de la vente
pour financer ses propres soins médicaux. Li Moufeng a également dissimulé ces
fonds via un « divorce simulé ». Privé de son domicile, Li Moubin a dû entrer
dans un établissement pour personnes âgées, mais sa sœur, Li Mouguang, qui
était sa seule aidante, n'a pu en assumer le coût. Le tuteur a l’obligation
légale de protéger les droits personnels et patrimoniaux de la personne sous
tutelle, et d’empêcher toute violation de ses droits. Ce cas révèle pourtant
que, dans la pratique, des cas persistent où le tuteur détourne les biens de la
personne protégée, lui causant ainsi un préjudice patrimonial. Bien qu’un
recours judiciaire en indemnisation soit possible, la personne en situation de
handicap mental rencontre des difficultés substantielles à agir seule en
justice en raison de son incapacité à mener une procédure civile, sans compter
le caractère notablement tardif de la réparation. Par conséquent, même lorsque
les parents ont désigné un tuteur pour leur enfant en situation de handicap
mental, ils peuvent redouter qu’après leur décès, le tuteur ne manque à ses
obligations, voire détourne les fonds de subsistance. Cela soulève la question
cruciale de la gestion patrimoniale : les biens légués par les parents à leur
enfant handicapé constituent une garantie essentielle pour sa survie et son
avenir. Il est donc impératif que des mécanismes appropriés garantissent que
ces fonds ne puissent être librement retirés ou dilapidés.
II. Services notariaux pour la gestion patrimoniale des familles aux
besoins spécifiques
Compte tenu des situations
précitées, si les parents d’un enfant handicapé souhaitent garantir que leur
patrimoine futur soit exclusivement consacré à leur enfant, ils peuvent
recourir à la constitution d’une fiducie, confiée à un compte séquestre ou à un
organisme de gestion indépendant. Les articles relatifs du Code civil et de la Loi sur
les fiducies offrent un cadre légal à la fiducie testamentaire comme mode
de transmission patrimoniale. La constitution d’une fiducie requiert une forme
écrite, le testament en étant une modalité. La création d’une fiducie
testamentaire doit respecter les dispositions du Code civil relatives aux
successions et testaments.
Notre enquête sociale a révélé
que les parents d’enfants en situation de handicap mental manifestent aujourd’hui
une méfiance significative envers les sociétés de fiducie. Ils expriment
majoritairement le souhait de voir des institutions jouissant d’une forte
crédibilité publique s’impliquer dans la prise en charge future de leur enfant
et la transmission du patrimoine familial. Ainsi, un mécanisme combinant la
fiducie testamentaire notariée et la consignation notariée pourrait constituer
la solution optimale pour apaiser les inquiétudes de ces familles.
Le testament notarié présente
des avantages significatifs quant à son authenticité et son identification.
Dans le cas de « Madame A », elle peut établir un testament notarié
instituant une fiducie, dans lequel elle désignera clairement l’administrateur
de son patrimoine après son décès et précisera les modalités de distribution.
Ces dispositions incluront l’identité du fiduciaire, la qualité des
bénéficiaires, ainsi que l’étendue et les modalités de gestion des biens. Après
la constitution de cette fiducie testamentaire, il est également possible de
nommer un surveillant de la fiducie, chargé de superviser son fonctionnement.
Son rôle est de garantir que les biens de la fiducie soient distribués aux
bénéficiaires conformément aux stipulations du contrat, c’est-à-dire aux
conditions, échéances et phases prévues. Par ailleurs, « Madame A »
pourrait souscrire une assurance maladie grave et une assurance vie, lui
permettant de bénéficier d’un capital important en cas de pathologie sévère,
lui offrant ainsi une protection supplémentaire. Elle pourrait également
constituer une fiducie de bénéficiaire d’assurance, intégrant les prestations d’assurance
dans le patrimoine géré en fiducie.
Compte tenu
des situations exposées, si les parents d’un enfant handicapé souhaitent
garantir que le patrimoine qu’ils laisseront soit exclusivement destiné à leur
enfant, ils peuvent recourir à la constitution d’une fiducie, confiée à un
compte séquestre ou à un organisme de gestion indépendant. Les offices
notariaux peuvent également proposer aux familles des personnes en situation de
handicap mental le service de consignation notariée, les aidant à planifier à l’avance
l’utilisation des biens, en fixant, par exemple, un montant mensuel pouvant
être retiré et les conditions applicables en cas de circonstances
exceptionnelles. Ce mécanisme permet ainsi d’exercer un contrôle et des
limitations sur le tuteur désigné en matière de gestion patrimoniale. À titre d’exemple,
le Parquet populaire et le Bureau de la Justice du district de Jiangkou de la
province du Guizhou ont conjointement élaboré le Règlement sur la gestion des fonds d’aide judiciaire consignés pour
les personnes vulnérables (essai), établissant un modèle de supervision
collaborative « parquet + notariat » prévoyant des versements échelonnés et un
contrôle par une tierce partie. Le parquet élabore un plan personnalisé de
déblocage des fonds en fonction de la situation réelle de la personne aidée,
tandis que l’étude notariale ouvre un compte spécial de consignation, se
chargeant intégralement de la consignation, de la conservation et de la
distribution des fonds d’aide, garantissant ainsi leur utilisation exclusive et
ciblée. Bien que cet exemple concerne un modèle de gestion de fonds d’aide
judiciaire piloté par le parquet, il pourrait être étendu aux solutions
notariales de gestion successorale conçues par les études notariales pour les
familles des personnes en situation de handicap mental, ce qui permettrait de
superviser le processus d’administration de la succession et d’en assurer la
conservation sécurisée ainsi qu’une utilisation rationnelle.
III. Services notariaux pour la gestion immobilière des familles aux
besoins spécifiques
Les enquêtes et statistiques
révèlent qu’une proportion significative de familles avec un enfant handicapé
sont propriétaires de leur logement. Cependant, comme la plupart des personnes en
situation de handicap mental sont reconnues juridiquement incapables ou à
capacité limitée, leurs parents hésitent à leur donner le bien. Ils craignent
en effet que leur enfant, vulnérable, ne puisse gérer seul un patrimoine aussi
important et ne devienne la cible de manipulations ou d’abus. Par ailleurs, la
majorité des personnes en situation de handicap mental ne se marient ni n’ont d’enfants,
ce qui complique la question successorale à long terme. Si les parents
envisagent de donner le bien à la personne qui s’occupe de leur enfant, ils
redoutent qu’une telle donation ne compromette la protection future de ce
dernier. Face à ce dilemme, la constitution d’un droit d’habitation peut offrir
une solution efficace à de nombreuses familles.
Le droit d’habitation confère
à son titulaire le droit d’utiliser le logement d’autrui. C’est un droit réel d’usage
qui a un effet absolu, opposable même au propriétaire. Il permet au titulaire d’exercer
une maîtrise exclusive, stable et de longue durée sur le logement d’autrui.
Conformément à l’article 371 du Code
civil, il peut également être constitué par testament. Une fois le droit d’habitation
établi sur un logement, même en cas de futur transfert de propriété, le
titulaire conserve son droit d’y habiter. Ainsi, après avoir désigné un tuteur
approprié, les parents d’une personne en situation de handicap
mental peuvent choisir de transférer la propriété du logement au tuteur ou à l’aidant,
tout en constituant un droit d’habitation au profit de leur enfant par contrat
ou par testament. Il est crucial de noter que le droit d’habitation est
incessible. Il ne peut être transmis par succession et s’éteint au décès du
titulaire ou à l’expiration du terme convenu.
Dans le cas de « Madame A »,
elle pourrait, par testament, transférer la propriété de son bien immobilier au
tuteur qu’elle a désigné pour son enfant, tout en instituant simultanément un
droit d’habitation à vie au profit de l’enfant. Ce montage permet à la fois de
couvrir les coûts de prise en charge du tuteur et de garantir, grâce à la
nature du droit d’habitation, le droit au logement à vie de l’enfant. La
protection légale du droit d’habitation persisterait, même en cas de changement
de tuteur ou si le bien était hypothéqué ou cédé.
Pour les familles des
personnes en situation de handicap mental, assurer l’avenir de l’enfant repose sur deux
piliers fondamentaux : l’exercice approprié de la tutelle, et la transmission
ciblée du patrimoine. Ces deux aspects constituent la clé permettant aux
parents de planifier à long terme pour leur enfant. Face aux multiples
inquiétudes de ces familles, les établissements de services juridiques
notariaux leur offrent une protection triple, alliant rigueur juridique et
sensibilité humaine : Par le testament notarié, les parents désignent le futur
tuteur de leur enfant, assurant ainsi que leur amour et leur responsabilité
transcendent le temps ; Par le mandat de protection future notarié, ils
anticipent et résolvent à l’avance la question de leur propre prise en charge
en cas de perte de leur capacité ; Par la synergie entre la fiducie et la
consignation notariée, le patrimoine est transmis de manière ciblée - cette
gestion patrimoniale raffinée permet à la fois de contraindre les pouvoirs du
tuteur, de lui offrir une flexibilité nécessaire et de poser une soupape de
sécurité, faisant de chaque ressource un soutien indéfectible pour la vie de l’enfant.
Le service juridique global et
sur mesure proposé par l’étude notariale transforme ces outils juridiques et
modèles opérationnels en un scénario de vie personnalisé. Il comble l’anxiété
par la force du professionnalisme et porte l’affection profonde par la
stabilité des institutions. « L’amour vrai des parents se mesure à la
profondeur de leurs prévisions. » Cette planification n’est pas seulement un
refuge immédiat, mais aussi une veille aimante qui traverse le temps et l’espace.
Lorsque le droit et l’affection familiale s’entrelacent, nous pouvons
finalement construire pour l’enfant un havre de paix à l’abri des tempêtes. Ainsi
s’éclaire un avenir où la double lumière des institutions et de l’humanité
guide ses pas, assurant la continuité ininterrompue du fleuve de la vie.
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